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La Quinta da Bragaça : ultime survivante d’un monde rural révolu

  • Photo du rédacteur: Vincent Amar
    Vincent Amar
  • 13 sept. 2024
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 oct. 2024

Dans le sud du Portugal, une petite ferme vivrière isolée tenue par Fernando, cherche à retrouver le mode de vie rural d’antan. En quasi autarcie, seuls au milieu des ruines des anciennes fermes abandonnées, Fernando et sa famille vivent de leurs cultures et de leur bétail, résistant à la modernité et à l'exode rural.




Coincée entre deux montagnes au sud du Portugal, à une dizaine de kilomètres de la frontière espagnole, cette petite ferme vivrière semble comme coupée du monde. En face d’un ruisseau, s’élèvent deux modestes bâtiments de pierre à tuiles rouges, un potager, un enclos à moutons et quelques arbres fruitiers. C’est la Quinta. « La zone est extrêmement chaude (jusqu’à 43°C l’été) et accidentée. Ce n’est clairement pas l’endroit idéal pour cultiver », soupire Fernando, le propriétaire des lieux. Âgé d’une quarantaine d’années, ses cheveux bouclés et sa barbe touffue lui donnent des airs de Robinson Crusoé moderne. Aucune trace d’activité humaine à des kilomètres à la ronde. Les ruines de pierre grise qui parsèment la vallée, sont les derniers témoins de l’activité passée de ces montagnes.


Car jusqu’aux années 1950, des dizaines de familles vivaient encore aux environs de la rivière, produisant de la farine pour les villes aux alentours. À son apogée, la zone comptait ainsi 16 moulins en activité. « Pendant 800 ans, ces moulins étaient le cœur de la montagne, mais aujourd’hui, ils sont tous abandonnés ou en ruine » regrette Fernando. Lors de la deuxième moitié du XXe siècle, l’industrialisation et la baisse des prix agricoles poussent les jeunes de la région à s’exiler vers de plus grandes villes. D’autres émigrent vers la France ou l’Allemagne. Symbole de cet inévitable déclin rural, à Pénamacor (la petite ville la plus proche) des maisons en vente à 5000€ peinent à trouver preneur. « C’est une vie qui était condamnée » admet le fermier.





Sans tracteur et sans engrais.


La Quinta aurait pu connaître le même sort. La tante de l’actuel propriétaire, héritière du lieu, ne parvenait pas à trouver de repreneur. Bien qu’ayant grandi en ville, Fernando, qui finit alors des études de physique, refuse de laisser mourir la dernière exploitation de ces montagnes et rachète la ferme. « Cette ferme, c'est extrêmement important pour moi. La voir tomber comme toutes les autres, ça aurait été trop dur » explique-t-il.


Dix ans plus tard, la Quinta tient donc toujours, ultime résistante d’un temps et d’un mode de vie révolu. Seuls changements apportés par Fernando : des panneaux solaires permettant de faire fonctionner des lampes et de recharger quelques appareils ainsi qu’un système de canalisation acheminant l’eau depuis la rivière. « Avant que j’arrive, c'était vraiment le Moyen Âge, » se souvient Fernando. « Mais on ne peut quand même pas dire que la révolution industrielle soit arrivée jusqu’ici » ajoute-t-il immédiatement.


C’est en effet peu dire, tant il règne sur cette ferme un parfum d’hier. Ici, on n'utilise ni engrais, ni pesticide, ni matériel mécanisé. « Mes prédécesseurs n’en avaient pas, alors je n’en ai pas » explique, comme une évidence, Fernando. Les seuls outils présents ? Une bêche pour labourer la terre à la main, un marteau pour réparer les bâtiments et un bâton de berger pour emmener le troupeau de vaches en pâturage. Le fermier trait et abat également lui-même ses vaches. Fernando désigne en souriant un vieux poêle de métal, noirci par la suie et la poussière : « Pour nous, ça, c’est déjà la modernité ! ». Une ferme comme on pensait qu’il n’en existait pas, qu’il n’en existait plus.





          « Si Poutine lance une bombe, on aura de quoi survivre »


Absolument isolée de tout foyer d’activité, difficile pour la ferme de trouver des acheteurs à qui vendre la production. Celle-ci est donc consommée directement par le fermier, sa femme Martha ainsi que leurs trois enfants. « On n'est pas une ferme compétitive, l’objectif n’est pas de vendre » revendique Fernando. Ainsi au menu de la Quinta c’est légumes du jardin et viande du troupeau. « Si tu manges ta propre viande, d’une certaine manière, tu gagnes aussi de l’argent, parce que tu n’as pas à en acheter » souligne, pensif, le fermier, en éloignant d’un coup de pied deux oies qui tentent de pénétrer dans la cuisine.


La ferme vend tout de même du bois afin d’acheter quelques produits. « Être 100% auto-suffisant c’est impossible, il y a un siècle peut-être, mais aujourd’hui non » explique le fermier. Tout faire, Fernando n’en a d’ailleurs ni le temps, ni les moyens… ni l’envie « Élever une vache ou faire pousser des légumes, j’aime bien, filer une chemise, non ! » s’exclame-t-il en rigolant. 


Vincent Amar

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